L’Accident d’Exposition au Sang (AES) fait partie de ces risques où chaque minute compte : la conduite à tenir se joue dans les instants qui suivent l’accident. Encore faut-il que les gestes soient connus avant, pas cherchés sur le moment.
De quoi parle-t-on exactement ?
L’AES correspond à toute exposition accidentelle au sang ou à un liquide biologique, dans trois situations :
- une effraction cutanée : piqûre ou coupure ;
- une projection sur la muqueuse : yeux, bouche ;
- un contact sur une peau lésée : eczéma, plaie.
Cette définition est plus large qu’on ne l’imagine souvent. On pense spontanément à la piqûre d’aiguille, mais une projection dans l’œil ou un contact sur une main déjà abîmée relèvent du même risque et appellent la même réaction.
Les mesures de prévention
Le principe directeur est constant en santé au travail : privilégier les protections collectives aux protections individuelles. Les premières protègent tout le monde en permanence ; les secondes dépendent du port effectif par chacun.
Les protections collectives reposent sur :
- la vaccination du personnel ;
- le respect des précautions générales ;
- l’utilisation de matériel adapté et sécurisé ;
- la formation et l’information du personnel ;
- le respect du traitement des déchets à risques ;
- le respect de la conduite à tenir en cas d’AES.
Les protections individuelles complètent le dispositif :
- se tenir informé sur la conduite à tenir en cas d’AES ;
- porter une tenue adaptée, des gants de protection, des masques et des lunettes en cas de projection.
Les mesures de protection standards
Au quotidien, sept gestes réduisent l’essentiel du risque :
- se laver les mains régulièrement ;
- ne jamais plier ou recapuchonner les aiguilles ;
- jeter immédiatement le matériel souillé et respecter la capacité maximale du conteneur ;
- nettoyer et désinfecter les surfaces souillées ;
- évacuer les prélèvements biologiques ;
- mettre le linge dans un emballage étanche et fermé ;
- se doucher après des travaux salissants.
Le recapuchonnage est la cause la plus fréquente et la plus évitable de piqûre. Le respect de la capacité maximale du conteneur vient juste après : un collecteur trop plein transforme un geste banal en accident.
La conduite à tenir en cas d’AES
- Interrompre le travail.
- Réaliser les premiers soins. En cas de piqûre, de blessure ou de contact avec une peau lésée : ne pas faire saigner, laver à l’eau courante et au savon, rincer abondamment et sécher, puis réaliser l’antisepsie de la plaie par trempage 10 minutes dans du Dakin ou de l’eau de Javel à 12° fraîchement diluée au 1/10, avec un temps de contact d’au moins 5 minutes. En cas de projection sur les muqueuses ou les yeux : rincer abondamment à l’eau ou au sérum physiologique pendant 10 minutes.
- Prévenir les urgences de l’hôpital de votre secteur ou le SAMU (15), puis votre responsable.
- Donner les informations nécessaires à l’évaluation du risque infectieux au médecin référent : type d’exposition, localisation, profondeur de la blessure, type d’aiguille ou de matériel en cause, nature du liquide biologique, statut sérologique et clinique du patient source.
- Déclarer l’accident du travail dans les 24 heures à l’employeur, qui transmettra la déclaration à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie sous 48 heures.
- Faire établir le certificat médical initial avec la mention AES, afin d’obtenir la prise en charge au titre d’un accident du travail.
- Contacter votre médecin du travail pour l’informer de l’AES. Le suivi clinique et les examens biologiques peuvent être réalisés par le médecin traitant ou par le médecin du travail.
Deux points méritent d’être retenus. « Ne pas faire saigner » va à l’encontre du réflexe spontané, et c’est pourtant la consigne. Et les délais de déclaration — 24 heures pour le salarié, 48 heures pour l’employeur — conditionnent la prise en charge au titre de l’accident du travail.
À retenir
- L’AES couvre la piqûre, la coupure, la projection sur une muqueuse et le contact sur peau lésée.
- Ne jamais plier ni recapuchonner une aiguille, et respecter la capacité maximale du conteneur.
- Premiers soins : ne pas faire saigner, laver au savon, puis antisepsie 10 minutes ; rinçage 10 minutes en cas de projection oculaire.
- Déclaration à l’employeur sous 24 heures, transmission à la CPAM sous 48 heures, certificat médical initial portant la mention AES.
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