Les particules de silice dangereuses pour la santé sont invisibles à l’œil nu. Ne pas constater d’empoussièrement n’est donc jamais l’assurance d’une absence d’exposition — c’est le point de départ de toute démarche sur ce risque.
Où trouve-t-on la silice cristalline ?
La silice existe à l’état libre sous différentes formes — cristalline (quartz, cristobalite, tridymite) ou amorphe — et combinée à d’autres oxydes dans les silicates. On la trouve dans de nombreuses roches (granite, grès, sable) et dans la plupart des matériaux de construction : brique, bétons, mortiers, enduits de façade, parpaings, pierres. Elle sert aussi de matière première à la fabrication du verre ou du béton.
Plus de 365 000 travailleurs sont exposés en France, dans des secteurs très variés :
- travaux publics : démolition, sablage, perçage, ponçage, découpe, nettoyage de chantier ;
- bâtiment : construction, démolition, rénovation, aménagement intérieur ;
- travaux en carrière, funéraire (granite et pierres reconstituées), fonderie (moules en sable) ;
- prothèse dentaire et bijouterie : sablage, ponçage, meulage, taille ;
- verrerie et cristallerie, industries des briques, tuiles, céramique et porcelaine ;
- espaces verts, maintenance et réfection de fours industriels (briques réfractaires).
Ce que dit la réglementation
Les travaux exposant à la poussière de silice cristalline alvéolaire sont classés comme procédés cancérogènes (arrêté du 26 octobre 2020).
Des Valeurs Limites d’Exposition Professionnelle contraignantes sont fixées par l’article R. 4412-149 du Code du travail, sur un poste de 8 heures : 0,1 mg/m³ pour le quartz, 0,01 mg/m³ pour la cristobalite et la tridymite.
En cas de dépassement, l’employeur doit immédiatement arrêter l’activité pour les postes concernés, jusqu’à la mise en œuvre des mesures propres à assurer la sécurité des travailleurs.
Le contrôle des VLEP est à réaliser par un organisme accrédité au moins une fois par an, ainsi que lors de tout changement susceptible d’avoir des conséquences néfastes sur l’exposition (article R. 4412-76).
Enfin, l’exposition des moins de 18 ans est interdite, avec dérogation possible sous conditions : l’affectation doit alors être déclarée à l’inspection du travail (article R. 4153-41), pour trois ans.
Quels effets sur la santé ?
La silice pénètre dans l’organisme par voie respiratoire : les fines particules atteignent les alvéoles pulmonaires et s’y déposent. Par contact, elle provoque irritations et inflammations de la peau et des yeux.
- Toxicité aiguë : irritation des yeux et des voies respiratoires.
- Bronchite chronique : inflammation des bronches, aggravée en cas de co-exposition au tabac, à l’amiante ou à d’autres polluants.
- Silicose : fibrose pulmonaire susceptible d’entraîner une insuffisance respiratoire progressive.
- Cancer du poumon.
- Maladies auto-immunes : insuffisance rénale, sclérodermie, lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde, vascularite.
Un point fonde l’urgence de la prévention : à l’arrêt de l’exposition, il n’y a jamais d’amélioration de l’état de santé. Une stabilisation est possible, mais la silicose peut aussi poursuivre son évolution.
La prévention, en six étapes
1. Évaluer le risque. Inventorier les tâches exposantes, leur fréquence, leur durée et leur intensité, puis consigner les résultats dans le DUERP.
2. Prévention technique. Choisir les procédés et matériaux les moins émissifs, délimiter des zones de travail, effectuer les opérations exposantes dans des systèmes clos mis en dépression, équiper les postes d’un captage à la source, utiliser des outils associés à des systèmes à eau. Nettoyer à l’humide ou à l’aspirateur muni d’un filtre à Très Haute Efficacité : le balai et la soufflette sont à proscrire, car ils remettent les poussières en suspension.
3. Prévention organisationnelle. Réduire le nombre de salariés exposés, limiter l’accès aux zones exposées, regrouper et cloisonner les tâches exposantes, contrôler annuellement la ventilation, faire mesurer les expositions par un organisme accrédité.
4. Protection individuelle, lorsque les mesures collectives ne suffisent pas : combinaison à capuche jetable de type 5 avec serrage au cou et aux poignets, gants adaptés, lunettes à protections latérales, et selon l’empoussièrement un appareil filtrant équipé d’un filtre antiparticules de classe 3. Organiser les tâches pour réduire l’effort physique : plus l’effort augmente, plus la ventilation pulmonaire s’accroît, plus le risque d’inhalation est important.
5. Informer et former. Informer sur les risques et les règles d’hygiène, mettre en place des notices de poste, et établir la liste des salariés susceptibles d’être exposés pour la communiquer au médecin du travail (décret n° 2024-307).
6. Hygiène. Lavage des mains, douche en fin de poste, entretien des vêtements de travail pris en charge, casiers individuels séparant vêtements de travail et de ville.
Suivi médical et traçabilité
Les salariés exposés bénéficient d’un suivi individuel renforcé et d’examens complémentaires selon le niveau d’exposition, réalisés par le service pendant l’exposition, puis par le médecin traitant en post-exposition.
L’inhalation peut entraîner des maladies reconnues au titre du tableau 25 des maladies professionnelles du régime général. Certaines pathologies apparaissant plusieurs décennies après l’exposition, les personnes exposées peuvent bénéficier d’un suivi post-professionnel après cessation d’activité (article D. 461-23 du Code de la sécurité sociale). En fin d’exposition ou de carrière, il est conseillé de délivrer une attestation d’exposition au salarié.
À retenir
- Les particules dangereuses sont invisibles : l’absence d’empoussièrement visible ne prouve rien.
- VLEP sur 8 heures : 0,1 mg/m³ pour le quartz, 0,01 mg/m³ pour la cristobalite et la tridymite ; dépassement = arrêt immédiat de l’activité.
- À l’arrêt de l’exposition, il n’y a jamais d’amélioration de l’état de santé.
- Balai et soufflette sont à proscrire : nettoyage à l’humide ou aspirateur à filtre Très Haute Efficacité.
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