Un rayonnement ionisant est un rayonnement de haute énergie, susceptible de transformer ou de dégrader la matière qu’il traverse — métal, béton, tissus humains. Invisible et inodore, il ne se maîtrise que par la mesure et par des règles précises.
D’où viennent-ils ?
Les rayonnements ionisants peuvent être d’origine naturelle — écorce terrestre (roche granitique, radon), rayonnement cosmique — ou d’origine artificielle, générés par l’homme pour des besoins industriels ou médicaux.
Ces derniers proviennent de trois types de sources :
- source scellée : sa structure empêche, en utilisation normale, la dispersion de matière radioactive dans le milieu ambiant (contrôle de soudure, curiethérapie) ;
- source non scellée : la substance peut se disperser même en conditions normales d’utilisation (traceur industriel, médecine nucléaire) ;
- appareil générateur de rayons X ou accélérateur de particules : leur émission cesse à l’arrêt de l’appareil.
Cette dernière caractéristique est importante en pratique : un générateur éteint n’émet plus rien, alors qu’une source radioactive continue d’émettre en permanence.
Modes d’exposition et effets sur la santé
Trois modes d’exposition coexistent :
- Irradiation : la source est à l’extérieur de l’organisme et à distance.
- Contamination interne : de la matière radioactive est passée dans l’organisme par ingestion, inhalation ou plaie.
- Contamination externe : dépôt de matière radioactive sur la peau.
La distinction commande la protection : contre l’irradiation, on joue sur la distance et les écrans ; contre la contamination, sur le confinement et l’hygiène.
L’exposition naturelle moyenne en France est de l’ordre de 4,5 mSv par an. Cette dose varie selon la fréquence des voyages en avion, le lieu d’habitation (rayonnement tellurique et radon), les habitudes alimentaires et la consommation de tabac, et la nature des actes médicaux diagnostiques.
Les effets à court terme, dits déterministes, apparaissent au-delà d’un seuil estimé à 500 mSv au niveau du corps entier. Leur gravité augmente avec la dose reçue : ils sont donc évitables si l’exposition reste sous ce seuil. Pour une irradiation unique de la peau, une dose locale de 7 000 à 10 000 mSv entraîne une cloque, au-delà de 10 000 mSv une nécrose.
Les effets à long terme, dits stochastiques — cancer et anomalie génétique — peuvent survenir de façon aléatoire au sein d’une population ayant subi une exposition identique, sans qu’un seuil ait pu être défini. Leur probabilité augmente avec la dose reçue. Les connaissances actuelles se fondent sur les études des retombées d’Hiroshima et sur les cohortes de travailleurs du nucléaire.
Des examens complémentaires peuvent être prescrits par le médecin du travail, en fonction de l’évaluation individuelle de l’exposition réalisée par l’employeur.
Se protéger : temps, distance, écran
Trois leviers, à combiner :
- le temps : l’exposition dépend du temps passé près de la source ; le réduire réduit l’exposition ;
- la distance : s’éloigner réduit l’exposition — doubler la distance divise la dose par 4 ;
- l’écran : l’interposition d’écrans adaptés au type de source arrête ou atténue le rayonnement.
Le choix de l’écran dépend du rayonnement : une feuille de papier suffit pour l’alpha, quelques millimètres d’aluminium ou de verre pour le bêta, du béton ou du plomb d’épaisseur variable pour le gamma et les rayons X. En pratique : tabliers plombés, cache-thyroïdes plombés, lunettes plombées, bas-volets ou écrans de protection mobiles.
Le zonage et la dosimétrie
Le zonage et le classement en catégorie A ou B sont réalisés par l’employeur ou l’entreprise utilisatrice. Les zones vont de la zone non réglementée (80 µSv par mois) à la zone contrôlée rouge (100 mSv sur une heure), en passant par la zone surveillée (1,25 mSv sur un mois), la zone contrôlée verte (4 mSv sur un mois), jaune et orange (2 mSv sur une heure).
Pour toute intervention en zone réglementée, il est obligatoire de porter un ou des dosimètres.
Pour les zones de moindre exposition, il s’agit d’un dosimètre passif, mensuel ou trimestriel selon la catégorie. Porté à la poitrine, il mesure la dose pour le corps entier et sa lecture est différée, en laboratoire. Des dosimètres spécifiques évaluent la dose aux extrémités ou au cristallin. Pour les zones à risque plus important, s’y ajoute un dosimètre actif, dit opérationnel, indiquant la dose en temps réel.
Des règles propres à certains travailleurs
- Jeunes travailleurs (16 à 18 ans) : exclus des travaux de catégorie A ; une dérogation est possible pour la catégorie B.
- Femmes en âge d’avoir des enfants : la sensibilité de l’embryon et du fœtus existe pendant toute la durée de la grossesse, à des degrés très variables. Il est recommandé de déclarer le plus précocement possible l’état de grossesse. L’exposition de l’enfant à naître doit être la plus faible possible et inférieure à 1 mSv entre la déclaration de grossesse et la naissance. Les femmes enceintes sont exclues des travaux de catégorie A ; les femmes allaitantes, des postes comportant un risque de contamination interne.
- Salariés en intérim et en CDD : exclus des travaux en zones contrôlées orange et rouge, et des interventions en situation d’urgence radiologique.
À retenir
- Doubler la distance à la source divise la dose par 4 : c’est le levier le plus simple et le plus efficace.
- Le port d’un dosimètre est obligatoire pour toute intervention en zone réglementée.
- Déclarez une grossesse le plus tôt possible : l’exposition de l’enfant à naître doit rester inférieure à 1 mSv.
- Jeunes de 16 à 18 ans, intérimaires et CDD font l’objet de restrictions d’accès spécifiques.
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